Manifeste

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Manifeste 2017-03-21T15:06:34+00:00

MANIFESTE DE L’EXPOSITION :

NOTRE VIE, NOTRE SANTE, NOTRE MISSION

LE CHIFFRE DE LA PAROLE, UNE EXPERIENCE EN ACTE DEPUIS 1974

Lausanne, le 3 mars 2017

A l’heure des ratios économiques quantitatifs et qualitatifs, à l’heure du management entrepreneurial dans l’éducation, la formation, la santé, à l’heure de la transparence et du tout visible, à l’heure des règlements normatifs et autres procédures standards, à l’heure de l’excès de bureaucratie, qu’en est-il de la différence ? Qu’en est-il de l’apport du malaise ? Qu’en est-il du questionnement ? Qu’en est-il du raisonnement ? Qu’en est-il de la clinique ? Qu’en est-il de l’art et de la culture ? Est-ce le public cible qui définit l’abord de ces questions ou est-ce le pli de ce qu’il y a à travailler, à raisonner, à écouter, à dire, à faire, qui constituera l’écriture d’un itinéraire spécifique à chacun ?

A l’heure de la migration, à l’heure des droits humains, à l’heure de l’hospitalité, y a-t-il de l’ouverture au droit de l’Autre ?

A l’heure de la planète vitesse, à l’heure de la maitrise du temps, à l’heure des contrôles, à l’heure de la globalisation, à l’heure de l’uniformisation, y a-t-il une instance où l’individu n’y est pas catégorisé déjà comme sujet de quelque chose ? Y a-t-il un statut, une fonction pour un itinéraire de vie avec son projet et son programme ?

La proposition, aujourd’hui, d’une exposition de l’Association Le chiffre de la parole, fait partie de ces questions qui ne peuvent être laissées tranquilles par rapport à une bureaucratie de plus en plus intensive et massive, laquelle déplace toujours plus le concept de la personne vers une manière de la façonner, de l’affilier à une cible ou à une mission déterminée, de l’astreindre à un manuel de définitions préétablies, tel le manuel médical des diagnostics à correspondance médicamenteuse. Est-ce là la nouvelle tendance des modèles, tel le modèle du rétablissement qui aurait pour fonction de remplacer l’asilaire par la procédure circulaire d’étapes à franchir ? Que devient le « lieu de vie », formule des années 1970-1980, est-ce le nouveau logement qui se trouverait ça et là dans les institutions dites psychos-sociales-médicalisées ? Comme le disait Jean Oury : « Une hospitalisation de quinze jours à Lausanne, qui dit mieux ? » Le modèle du rétablissement, en vogue aujourd’hui, serait le concept idéal avec lequel la bureaucratie peut faire du malaise une gestion maitrisée, par des moyens dits quantitatifs et qualitatifs. Un rétablissement qui tiendrait le tout dans un équilibre pathologique où tout circule !

Quelle est la valeur du travail clinique aujourd’hui ? Cette expérience, depuis 43 ans, s’expose à quelque chose d’une écoute, qui ne relève ni de la psychiatrie, ni de la médicalisation, ni de la socialisation. Cette expérience s’est risquée à autre chose, à tirer ailleurs la contribution du malaise, à tirer des ressources pour débuter, commencer à faire, avec et malgré. Cette expérience s’est mise à chercher, à développer, à instaurer une clinique qui tire des questions en impasse vers des dispositifs d’accueil, de formation, d’enjeux culturels et artistiques, de nouveaux métiers pour qui n’est pas adapté à une société conformiste.

La tentation intellectuelle, aujourd’hui encore, est celle de poursuivre quelque chose de l’inédit, de l’anomalie, c’est l’enseignement qu’ont porté quelques individus, pas nombreux, mais essentiels au croisement de cette expérience, certes Maud Mannoni, certes Paul Mathis, certes Jacques Lacan, certes Sigmund Freud, certes Armando Verdiglione, certes Jean Oury, certes Fernand Deligny et certainement Claire-Lise Grandpierre, certainement Catherine Scheuchzer, et certainement une équipe à l’œuvre à Lausanne qui poursuit avec ce programme même de l’exposition. Une équipe qui ose relever un comment dire, un comment faire, un comment écrire quelque chose qu’elle considère comme indispensable. Une équipe qui inscrit le nom aussi là où cela est complexe, difficile, mais aussi simple, se mêlant à la vie des uns et des autres, se mêlant au rire et non à la tristesse, se mêlant au cas qui appelle à l’instauration d’un itinéraire de vie avec son projet et son programme.

Notre pari, c’est que la réalité intellectuelle a des effets et que des brèches sont là, elles sont dans la parole. Il est question du hasard qui prend le risque de vie.